







































Dans un premier temps, Monsieur Jacques GODRON a décliné les différents enjeux en matière de développement économique auxquels les territoires sont confrontés.
Partant du constat que pour exister et se différencier des autres, une ville, par l’intermédiaire de ses responsables (élus, directeurs généraux des services, chargés de mission…) se situe dans un schéma de compétition perpétuel à l’égard de ses voisines. Souvent réduite au volet financier, donc économique, cette approche trouve tout son intérêt si nous l’abordons de façon beaucoup plus concrète sur le plan stratégique.
La ville, en tant que territoire, est en perpétuel renouvellement (population, logement, transports, services…) ce qui l’oblige à répondre de plus en plus à des critères de performance qui s’imposent automatiquement à elle. Relever ce défi est une réponse au développement de la ville, mais maintenir son dynamisme dans le temps, demande un effort de remise en question permanent. Il est donc important d’assurer un suivi régulier des actions menées sur le territoire en veillant à renouveler sa dynamique et en s’assurant de la durabilité de son modèle de développement. Ainsi, le respect de ces principes permet d’anticiper les changements et d’abandonner les opérations devenues inappropriées aux exigences de l’époque.
Une bonne gestion de la ville passe donc par une redéfinition stratégique de ces perspectives d’évolution.
Cloisonnée dans ses frontières géographiques, la ville ne peut s’étendre en conquérant les territoires voisins mais en s’appuyant sur des ressorts propices à créer du développement économique. Elle dispose donc de deux ressources principales lui permettant de mettre en place un effet de levier :
La première initiative consiste à mettre en connexion l’ensemble des activités de son territoire et de mutualiser ainsi son offre de services.
La seconde initiative est une résultante directe de la précédente puisqu’elle réside dans sa capacité à fidéliser des activités (humaines, economiques) sur son territoire.
En appliquant ces principes fondamentaux, la ville sera connue pour son caractère unique et reconnue pour la spécificité de ses compétences. Sur ce schéma, la ville s’émancipe des autres par son indépendance et également par sa performance. La ville s’identifie au produit qu’elle y développe. Ainsi émergent la Ville de l’Aérospatiale, la Ville du Vin d’aquitaine, la Ville de l’Image, la Ville du numérique, la Ville du Charles de Gaulle etc.
Pour exister la ville a donc nécessairement besoin d’un ancrage économique sur son territoire, et ce sont les activités issues de cette économie territoriale qui contribuent durablement à son développement.
Jacques GODRON souligne que les activités économiques se développent suivant un schéma, appelé « Surf territorial », en quatre phases que l’on regroupe en deux rentes :
Première phase : la naissance
Deuxième phase : la croissance
Troisième phase : la maturité
Quatrième phase : le déclin
Le problème se pose aux villes qui bénéficient déjà d’une activité principale et dont le contexte économique, social…… les contraint à devoir la réorienter voire l’abandonner au profit d’une nouvelle. Il devient nécessaire d’assurer la reconversion en évitant l’écueil du déclin économique.
Prenons l’exemple de la Beauce, vaste plaine limoneuse du Bassin Parisien, entre Chartres et la forêt d’Orléans ; cette région est actuellement en phase de maturité et va donc inéluctablement décliner : quelles activités y trouvera-ton demain ?
En revanche, les territoires du Nord de la France, ont réussi leur mutation en passant de l’exploitation du charbon à la vente par correspondance. De même, la Plaine-Saint-Denis s’est spécialisée dans les technologies de l’image.
Ainsi la réussite d’une activité sur un territoire dépendra de la stratégie qu’elle aura définie pour réaliser son projet de croissance. Le rôle des élus est bien de préparer les conditions de ce « demain » inconnu.
Jacques GODRON identifie deux modèles de villes :
1. Le modèle « Versailles » : une ville carrée, régulière et ordonnée.
Exemples : Cergy Pontoise, Saint-Quentin-en-Yvelines, mais aussi Montpellier (Polygone puis Antigone puis Port Mariane)… ou La Roche sur Yon et Richelieu
2. Le modèle « Jungle » : une ville désordonnée, sans logique territoriale prédéfinie.
Exemple : Le Plateau de Saclay

Deux logiques directionnelles dans ces deux cas s’affrontent :
1. La gestion « fourmilière » : permet d’entretenir le dynamisme et la vitalité du territoire.
2. La gestion « banc de poisson » : oriente dans une direction commune l’agitation des acteurs.
Jacques GODRON souligne que pour effectuer le passage de la ville à la gestion « fourmilière » vers celle à la gestion « banc de poisson » la volonté politique est indispensable pour concrétiser ce choix directionnel.
Il devient ainsi prioritaire pour une ville de déterminer le mode de fonctionnement économique qui contribuera à augmenter son efficacité et par conséquent son attractivité. En effet, il devient vital pour elle de trouver à l’intérieur de ses frontières le potentiel suffisant pour grandir. Ce phénomène inhérent à chaque municipalité se résume en une augmentation de sa population, conséquence du rayonnement que la ville aura su créer par rapport aux autres. Il y donc interrelation positive entre démarquage territorial et croissance démographique.
Pour atteindre cet objectif et remporter cette « guerre stratégique », les villes disposent de quatre armes pour améliorer leurs politiques de l’offre territoriale :
1. Le temps : il est nécessaire de produire rapidement des infrastructures, de l’action publique, des décisions utiles…….
2. L’information : administrés et entreprises ont besoin d’informations de plus en plus nombreuses et précises pour décider, agir, créer, construire.
3. L’image : sans image, pas de développement ; l’élu doit valoriser le positionnement de sa ville.
4. L’argent : c’est le nerf de la guerre, indispensable à l’expansion et l’amélioration de la ville.
Une fois armée, pour asseoir sa domination fonctionnelle, la ville doit remporter plusieurs combats dans les domaines suivants :
L’habitat,
- Les ressources humaines
- Les loisirs,
- Le commerce,
- La santé,
- L’éducation.
La ville peut également négocier la paix avec ses concurrentes en optant pour :
La coopération (ex : Marché d’Intérêt Nationaux)
- La mutualisation
- Le regroupement des territoires
- La complémentarité
- La contractualisation
Conclusion : dans le tissu géographique des territoires urbains, chaque ville doit s’adapter aux évolutions et acquérir un mode de développement qui lui permette d’être reconnaissable parmi les autres. Concurrentes entre elles, les villes nourrissent leur dynamisme économique de la différenciation qu’elles seront en capacité de mettre en place par le caractère spécialisé de leurs activités.
Chaque ville doit mettre en place sa propre stratégie, unique, qui lui rapportera image, croissance, et richesses.
Monsieur Bernard GAUDUCHEAU, Président de la Commission Commerce-Artisanat-Entreprises conclue la séance en remerciant Monsieur Jacques GODRON pour la qualité et la pertinence de son exposé.








